Eric Donfu : " Quelle querelle entre les générations ? "

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Enfin une étude
qui relance le débat ! Une enquête
récente de Senior
Stratégic prétend révéler un conflit entre la
générations des 18-30 ans et celle des 50-60 ans, également
surnommée la génération des « baby-boomeurs »,
et que l’on pourrait d’ailleurs élargir à 70 ans.. Pour
cette étude, les jeunes seraient 91% à penser qu’il leur est
plus difficile de trouver un travail motivant, d’avoir confiance dans l’avenir
et de fonder une famille, 55% à penser que les baby-boomers laissent une
société en pire état que celle qu’ils ont trouvés.
Plus surprenant encore, 68% des jeunes
pensent que leurs parents sont moins ouverts d’esprits, même s’ils
reconnaissent qu’ils étaient plus idéalistes et contestataires
qu’eux-mêmes. Des compliments que les baby-boomers leurs rendent
bien, en jugeant les jeunes plus égoïstes qu’eux (63%), ayant
perdu le sens des valeurs collectives (52%) et moins motivés à
travailler (52%)
Loin de remettre en cause l’intérêt
de cette étude de Sénior Stratégic un cabinet connu spécialiste
du marché des séniors, il est nécessaire de rappeler brièvement
l’état des relations entre les générations en France.
Nous aimerions à cette occasion émettre aussi une hypothèse
sur la vraie querelle entre les générations, qui serait plutôt
entre les 18/30 ans et les 30/50 ans qu’entre les 18/30 et les 50/70…
91% jugent leur insertion sociale
et professionnelle difficile. Ce chiffre est dur, mais pas surprenant. Le fait
qu’il y ait un malaise dans la jeunesse, et tout particulièrement
chez les 20 / 30 ans, qui ne peuvent accéder à l’autonomie,
par un emploi stable et un logement décent est évident. Cette
enquête, qui traduit aussi l’opposition naturelle – et saine-
entre les enfants et les parents, en est le reflet. Mais le regard critique
des jeunes porte-t-il sur la société ou sur les générations
dites des baby-boomers (50-64 ans) ? Il serait dangereux de confondre les
causes, même si la société est effectivement dirigée
actuellement par les baby-boomer. Car, au quotidien, et dans la famille notamment,
les fait sont exactement inverse au sentiment social : L’amour entre
les parents et les enfants se porte bien et jamais les solidarités entre
les générations n’ont été aussi fortes.
Ce fait, constaté depuis dans
toutes les enquêtes, avait été révélé
il y a quinze ans déjà, par une étude de la Cnav (1992).
Dans cette enquête, la génération « pivot »,
les baby-boomers, déclaraient à 64 % aider leurs enfants, et leurs
parents, les grands parents étaient 33% à le dire. Une enquête
de l’Insee (Économie et Statistique, 1996) confirmait ce fait et
soulignait que 42 % des ménages avaient déjà aidé
leurs enfants par le biais d’aides au logement, de versement ou de prêt
régulier d’argent, et ce, quel que soit le milieu social. Combien
de jeunes ont pu se loger grâce à la caution de leurs parents ?
Combien ont pu acheter une voiture grâce à leur aide ? Les
parents et les grands parents contribuent aussi aux frais d’une naissance,
et les liens entre les générations n’ont jamais été
aussi proches et si forts au quotidien . On le sait, la crise renforce
ces solidarités, et pas seulement sur le plan financier. Par exemple,
les grands parents sont près de 85% à garder occasionnellement
leurs petits enfants, et les solidarités mères-filles soutiennent
les femmes qui élèvent seules leurs enfants.
Alors qu’elle était
dans les années 60, le symbole de l’incompréhension entre
les générations, la famille est devenue la valeur préférée
des Français. Ce nouvel esprit de famille permet à chacun d’être
lui-même tout en étant avec ses proches. La famille contemporaine,
qui voit plus d’un enfant sur deux naitre hors mariage, plus d’un
mariage sur deux déboucher sur un divorce ou les familles recomposées
nombreuses apparaitre est plébiscitée. Même si les nouvelles
générations retrouve le sens des traditions sans les contraintes,
même si le regard sur la maternité a changé en trente ans,
ce sont bien les baby-boomers et les baby-boomeuses qui ont permis cette métamorphose
de la famille, de la norme au lien.
Alors non, aujourd’hui, nous ne pouvons pas parler ni de guerre, ni de
règlements de compte entre les générations. Celles et ceux
qui ont connu les enfants battus, les suicides des jeunes filles enfermées
à 18 ans dans leurs chambres, les enfants bannis à jamais parce
par ce que leur amour ne plaisait pas au père, ou parce qu’ils
avaient refusé de reprendre l’activité familiale, pourraient
parler, eux, de ce mur à qui l’on doit aussi la révolté
des jeunes dans les années 60. Ce n’était pas de l’idéalisme,
mais une aspiration à l’existence, à la maitrise de son
corps comme de son avenir.
Alors, oui, l’échec
de cette génération de mai 68 aura sans doute été
de ne pas créer une société qui insère mieux les
jeunes. L’amour et la solidarité entre les générations
ne suffit pas, en effet, à résoudre le malaise sourd et profond
d’une grande partie de la jeunesse à qui on refuse la stabilité
de leur foyer, à l’approche de la trentaine. Il faudrait parler
aussi de la génération entre deux âges, celle des 30 / 50
ans, qui, tout en ayant été très choyée par ses
parents, a su bénéficier de meilleures conditions d’entrée
dans la vie active, et attend sagement que les baby-boomers partent en retraite
pour occuper le pouvoir. Cette génération, qui se caractérise
aussi par un retour à la norme notamment dans les styles d’éducation
sévère de leurs enfants, est souvent critique par rapport au modèle
plus tolérant de leurs parents. Mais ce sont aussi eux qui ne font pas
la courte échelle aux plus jeunes, alors que les baby-boomers les aident
au maximum. Plutôt que de parler du vieux schéma de la rivalité
entre les jeunes et les baby-boomer, largement infondé, nous serions
bien inspirés d’étudier l’opposition réelle
entre les 18 / 30 ans et les 30 / 50 ans. Car aujourd’hui, ce sont bien
les plus jeunes qui leur conteste le pouvoir dans l’entreprise.
Alors, contre la pollution
de la planète, pour l’ouverture d’esprit, et un meilleur
niveau de vie, les jeunes savent qu’ils peuvent davantage compter sur
les baby-boomers que sur la génération des quadra Cette génération
d’entre deux âges semble bien sur la sellette, y compris chez les
baby-boomer, qui, devenus grands parents, hésitent de moins en moins
à cultiver leur différences avec l’éducation trop
stricte de certains de leurs enfants-parents, par ailleurs encouragés
dans cette voie par des ouvrages à succès…
Eric DONFU
25.09.08
Par
Eric Donfu le
25-09-2008
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